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Variétés de miel

Miel de pissenlit : le monofloral, la cramaillotte et le pollen qui ne suffit pas

28 août 2026 · 13 min de lecture
Plus de glucose que de fructose, un rapport de 0,99, une cristallisation rapide en cristaux minuscules : ce que décrit vraiment la fiche de référence.

Les réponses sont rédigées automatiquement par un programme d’intelligence artificielle. Elles ne remplacent pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

Le rayon correspondant
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Cet article ne recommande aucun produit en particulier. Le lien ci-dessus mène au rayon, pas à une référence.

Le miel de pissenlit pose une question avant même d’être goûté : de quoi parle-t-on au juste ? Deux produits circulent sous ce nom, et ils n’ont presque rien en commun. Le premier est un miel monofloral, récolté par les abeilles sur le nectar de Taraxacum, décrit depuis 2004 par une fiche de référence européenne adossée à 114 échantillons. Le second est la cramaillotte, préparation ménagère de fleurs cuites avec du sucre, qui occupe une bonne part des recherches.

Cette page traite le premier en détail, chiffres à l’appui, et situe le second sans le juger. Elle signale aussi une confusion plus répandue encore : celle qui transporte sur un miel les vertus que l’on prête à la plante.

Une fiche de référence adossée à 114 échantillons

La description normalisée des miels monofloraux européens a paru dans Apidologie en 2004, signée Livia Persano Oddo et Roberto Piro, sous l’égide de l’International Honey Commission d’Apimondia. La notice consacrée à Taraxacum officinale repose sur 114 échantillons et 1 131 données, dont 1 002 données physico-chimiques et 129 données polliniques.

La plante y est présentée comme un groupe botanique polymorphe, largement répandu en Europe, principalement dans les pays du Centre. Le miel qui en découle tient en trois traits : une couleur jaune typique, une saveur assez forte, et une cristallisation rapide due à sa teneur élevée en glucose. La fiche ajoute qu’il est surtout vendu dans ses zones de production.

ParamètreMoyenneÉtendue
Couleur56,6 mm Pfund41,0 à 71,0
Conductivité électrique0,51 mS/cm0,37 à 0,65
pH4,54,0 à 4,9
Acidité libre10,9 meq/kg6,8 à 14,9
Acidité totale12,5 meq/kg7,4 à 17,1
Eau16,2 g/100 g14,4 à 18,3
Indice diastasique11,3 DN6,6 à 14,5
Invertase110,7 U/kg58,5 à 166,0
Proline348 mg/kg255 à 469
Fructose37,4 g/100 g33,8 à 41,0
Glucose38,0 g/100 g32,4 à 43,5
Rapport fructose sur glucose0,990,85 à 1,13
Pollen spécifique17,2 %5,0 à 40,5

La fiche résume ce portrait d’une phrase : valeurs basses d’acidité et de rapport fructose sur glucose, valeurs élevées de glucose, de fructose plus glucose et de rapport glucose sur eau. Pour qui a déjà pratiqué ce type de document, la manière de lire une notice de l’International Honey Commission et le rôle de la conductivité comme marqueur s’appliquent ici à l’identique, avec des valeurs très différentes.

Plus de glucose que de fructose, ce qui est rare

Voici la ligne qui commande tout le reste. Le fructose s’établit à 37,4 g pour 100 g, le glucose à 38,0. Le glucose passe devant. Le rapport fructose sur glucose vaut donc 0,99 en moyenne, avec un écart-type de 0,07 et une étendue de 0,85 à 1,13.

Un mot de ce passage reste flou ?

Cette valeur sous la barre de 1 place le produit parmi les très rares monofloraux européens dans ce cas. Presque tous les autres types décrits par la même publication contiennent davantage de fructose que de glucose, et le classement complet de ce rapport d’un miel à l’autre est déjà publié sur ce blog.

Le reste du bloc sucres suit la même logique. La somme du fructose et du glucose atteint 75,2 g pour 100 g, dans une étendue de 67,6 à 82,9. La teneur en eau reste basse, 16,2 g pour 100 g, et le rapport glucose sur eau grimpe à 2,33, entre 2,03 et 2,63. Le saccharose est quasiment absent, 0,4 g pour 100 g en moyenne. Pour situer ces ordres de grandeur, le détail de ce que contient un pot de miel, composant par composant, donne le cadre général dans lequel ces mesures prennent leur sens.

Une nuance s’impose sur l’étendue. Le maximum du rapport atteint 1,13, donc une partie des lots authentiques repasse au-dessus de 1. La moyenne décrit un type de produit, elle ne fixe pas un seuil d’admission.

Une cristallisation rapide, des cristaux minuscules, une sensation fraîche

La fiche qualifie la vitesse de cristallisation de rapide, et l’attribue directement à la teneur élevée en glucose. Elle précise que ce miel se trouve souvent sous forme cristallisée, avec de très petits cristaux, et que sa couleur paraît alors jaune pâle, comparable à celle d’une crème anglaise.

L’évaluation sensorielle relève une conséquence de cette texture, et c’est peut-être le détail le plus parlant de la notice. Cristallisé en très petits cristaux, ce miel est rafraîchissant, comme un fondant. La sensation ne vient pas d’un arôme mais de la granulométrie, des cristaux assez fins fondant vite en bouche.

Nous ne redéveloppons pas ici le mécanisme qui fait figer un miel et ce qui détermine la finesse des cristaux obtenus, traité par une page dédiée. Notons simplement qu’un pot solide n’a rien d’anormal sur ce produit, et que la teinte claire d’un pissenlit cristallisé peut évoquer, à tort, les miels très pâles dont la couleur obéit à de tout autres causes.

Une miellée précoce que les colonies ne peuvent pas toujours prendre

La fiche décrit Taraxacum comme l’une des premières sources de nectar de la saison. Elle ajoute immédiatement une réserve, et cette réserve explique la faible diffusion de ce miel : cette miellée n’est pas toujours exploitée, parce que les colonies ne sont fréquemment pas assez développées pour la récolter en vue d’une production de miel.

Retrouver ces miels parmi ceux que nous comparons ?

Une ruche sortant d’hiver compte peu de butineuses, et la population n’a pas encore la taille qui permet un excédent récoltable. La fleur donne, la colonie consomme, il ne reste rien à extraire.

De là découle la mention, discrète mais nette, selon laquelle ce miel est surtout vendu dans ses zones de production. Nous n’irons pas plus loin sur ce terrain, aucune source ouverte pour cette page ne chiffrant des volumes ni des rendements. Sur la mécanique d’une récolte de printemps, ce qui distingue le nectar d’une miellée et ce que les butineuses rapportent réellement éclaire ce point mieux que des estimations improvisées.

Le paradoxe du pollen, rarement pur et pourtant reconnaissable

Voici le passage le plus contre-intuitif de la fiche. Le nombre absolu de grains de pollen atteint 33 600 pour 10 g, avec un écart-type de 15 300. À ce niveau, le pollen de Taraxacum ne semble pas sous-représenté dans le sédiment, ce qui écarte l’explication habituelle des espèces discrètes au comptage.

Et pourtant, sa proportion dans le miel dépasse rarement la moitié du spectre. Le pollen spécifique s’établit à 17,2 % en moyenne, dans une fourchette de 5,0 à 40,5 %. Plus troublant encore, il est souvent inférieur à celui des espèces associées, comme Salix ou les Crucifères. Les auteurs en tirent une conclusion qu’ils formulent eux-mêmes : ce type de miel n’est presque jamais réellement pur.

La phrase suivante retourne pourtant la situation. Les profils sensoriels et physico-chimiques restent très caractéristiques, et le miel demeure facilement reconnaissable. Ce qui identifie ce produit n’est donc pas son spectre pollinique mais sa signature analytique et gustative, le glucose devant le fructose, le rapport glucose sur eau élevé, les cristaux minuscules, l’odeur puissante.

Ce cas de figure mérite d’être gardé en tête quand on compare une étiquette monoflorale à un miel toutes fleurs, dont l’origine botanique est par définition composite. La frontière ne passe pas là où le vocabulaire la place.

Une odeur forte, et un descripteur qui déroute

L’évaluation sensorielle normalisée décrit une intensité de couleur moyenne et un ton jaune vif. L’intensité d’odeur est forte, l’intensité d’arôme forte également, la persistance et l’arrière-goût longs. La douceur est moyenne, l’acidité moyenne, l’amertume absente à faible. Nous sommes loin d’un produit discret.

Reste le vocabulaire, et il demande une explication. La fiche décrit l’odeur par le terme spoiled, et l’arôme par woody and spoiled. Ces mots appartiennent au lexique sensoriel normalisé de l’International Honey Commission, celui qu’emploie un jury entraîné pour nommer une perception. Spoiled y désigne une note fermentée, sur un registre fermenté-animal. Ce n’est ni un jugement de qualité, ni la mention d’un produit abîmé, et traduire ce terme par « avarié » trahirait complètement la source.

Retenons plutôt cette formulation. Ce miel présente, dans un vocabulaire de laboratoire, une note fermentée associée à une note boisée, sur une odeur et un arôme de forte intensité. Un dégustateur non prévenu parlera d’un produit puissant, un peu rustique, qui dure en bouche. Les deux descriptions portent sur la même cuillère.

Diastase, acidité, couleur : le reste du bulletin d’analyse

L’indice diastasique moyen s’établit à 11,3 DN, dans une étendue de 6,6 à 14,5. L’invertase suit à 110,7 U/kg, de 58,5 à 166,0, et la proline atteint 348 mg/kg, entre 255 et 469. Le pH moyen vaut 4,5, l’acidité libre 10,9 meq/kg, l’acidité totale 12,5, les lactones 1,5. La couleur se situe à 56,6 mm sur l’échelle de Pfund, dans une plage large, de 41,0 à 71,0.

Un point réglementaire mérite d’être rapporté honnêtement, parce que la fiche le mentionne elle-même. Dans certains échantillons italiens, l’indice diastasique était sous la limite de 8 fixée par la Directive. L’information est brute et n’implique aucune fraude, le minimum du panel descendant d’ailleurs à 6,6. Elle signale qu’un lot conforme par son goût et par ses sucres peut se retrouver hors des clous sur un paramètre enzymatique. Ce point intéresse quiconque s’interroge sur la manière dont la chauffe et la conservation modifient les enzymes d’un miel, sujet traité ailleurs sur ce blog.

La cramaillotte n’est pas un miel, et ce n’est pas un reproche

La cramaillotte est une préparation ménagère obtenue en faisant cuire des fleurs de pissenlit avec du sucre. Beaucoup de gens la connaissent sous le nom de miel de pissenlit, et la confusion se comprend, puisque la texture, la couleur et l’usage évoquent un miel.

La réglementation, elle, tranche sur un critère unique. La Directive 2001/110/CE, à son Annexe I, point 1, définit le miel comme la substance sucrée naturelle produite par les abeilles de l’espèce Apis mellifera à partir du nectar, des sécrétions de plantes ou d’excrétions d’insectes sur les plantes, que les abeilles butinent, transforment, combinent avec leurs propres substances, déposent, déshydratent, entreposent et laissent mûrir dans les rayons de la ruche.

Aucune abeille n’intervient dans une cramaillotte. Le sucre y est apporté par le cuisinier, pas par la colonie. La préparation n’entre donc pas dans la définition légale du miel. Ce constat est réglementaire, et rien d’autre : il ne dit rien du goût de cette préparation, ni de l’intérêt qu’on peut lui trouver. Cette page n’est pas un site de recettes et n’en propose aucune.

La conséquence pratique est simple. Un pot vendu comme miel de pissenlit par un apiculteur doit répondre aux paramètres décrits plus haut. Un bocal de cramaillotte relève d’une autre catégorie.

Détox, foie, drainage : ce que promet la plante, pas le miel

Voici le glissement le plus fréquent, et il mérite d’être nommé. Le pissenlit, en tant que plante, traîne derrière lui une longue réputation de drainage, de soutien hépatique et d’action diurétique. Ces propriétés circulent abondamment, et elles concernent la racine et les feuilles.

Or aucune des sources lues pour cette page ne les porte sur le miel. La fiche de l’International Honey Commission décrit des paramètres physico-chimiques et un profil sensoriel, pas des effets physiologiques. La Directive définit un produit, pas un remède. Transporter les vertus d’une racine vers un miel issu du nectar de la même espèce est un raccourci, et ce raccourci n’est adossé à rien ici.

Nous préférons le signaler plutôt que le reprendre. Devant une page qui attribue une action détox ou hépatique à ce miel, demandez-vous quelle source elle cite. Le cadre général des allégations applicables au miel et ce que l’on peut réellement en dire est traité ailleurs, tout comme les précautions d’usage valables pour tous les miels, à commencer par le cas du nourrisson.

Reconnaître un miel de pissenlit sans laboratoire

Trois observations suffisent, et aucune ne demande d’équipement.

L’aspect d’abord. Une couleur jaune vif à l’état liquide, un jaune pâle et opaque après cristallisation, ce qui est son état le plus fréquent, avec des cristaux très fins plutôt qu’une granulation grossière.

Le goût ensuite. Une saveur assez forte, une odeur marquée, une persistance longue en bouche, une amertume à peine perceptible, et cette fraîcheur caractéristique quand la texture est bien cristallisée.

Le bulletin d’analyse enfin, quand le vendeur en fournit un. Les repères sont clairs : rapport fructose sur glucose autour de 0,99, glucose légèrement au-dessus du fructose, rapport glucose sur eau proche de 2,33, conductivité électrique voisine de 0,51 mS/cm, teneur en eau autour de 16,2 g pour 100 g. Sur le spectre pollinique, en revanche, n’attendez aucun verdict.

Questions fréquentes

Le miel de pissenlit cristallise-t-il vite ?

Oui. La fiche de référence de l’International Honey Commission qualifie sa vitesse de cristallisation de rapide et l’attribue à sa teneur élevée en glucose, mesurée à 38,0 g pour 100 g contre 37,4 g de fructose. Le produit se présente souvent sous forme cristallisée, avec de très petits cristaux, et sa couleur paraît alors jaune pâle. Aucune source consultée ici ne convertit cette rapidité en un délai exprimé en jours ou en semaines.

La cramaillotte est-elle un miel de pissenlit ?

Non, au sens réglementaire. La cramaillotte est une préparation ménagère de fleurs de pissenlit cuites avec du sucre. La Directive 2001/110/CE définit le miel comme la substance sucrée naturelle produite par les abeilles de l’espèce Apis mellifera à partir du nectar. Sans intervention de l’abeille, la préparation n’entre pas dans cette définition. Ce constat porte sur la catégorie du produit, pas sur sa qualité gustative.

Ce miel a-t-il des vertus détox pour le foie ?

Aucune source ouverte consultée pour cette page ne l’établit. Les propriétés de drainage, de soutien hépatique ou d’action diurétique sont attribuées à la plante Taraxacum, principalement à sa racine et à ses feuilles. Les rapporter au miel revient à transporter un effet d’un produit vers un autre, sans mesure à l’appui. La fiche de référence décrit des paramètres physico-chimiques et un profil sensoriel, pas des effets physiologiques.

Pourquoi la fiche décrit-elle une odeur fermentée ?

Parce que le lexique sensoriel de l’International Honey Commission emploie un vocabulaire normalisé, destiné à des jurys entraînés. Le descripteur retenu ici, spoiled, désigne une note fermentée, sur un registre fermenté-animal, associée à une note boisée pour l’arôme. Il s’agit d’un terme de laboratoire décrivant une perception, en aucun cas d’un jugement de qualité ni de la mention d’un produit abîmé.

Un miel de pissenlit est-il vraiment monofloral ?

Rarement au sens pollinique strict. La proportion de pollen de Taraxacum dépasse rarement la moitié du spectre et s’établit à 17,2 % en moyenne, dans une fourchette de 5,0 à 40,5 %. Elle est même souvent inférieure à celle d’espèces associées comme Salix ou les Crucifères. Les auteurs en concluent que ce type de miel n’est presque jamais réellement pur, tout en soulignant que ses profils sensoriels et physico-chimiques restent très caractéristiques et le rendent facilement reconnaissable.

Sources et références

  1. Persano Oddo L., Piro R., fiches descriptives des principaux miels monofloraux européens, Apidologie, 2004, 35 (Suppl. 1), S38-S81. DOI 10.1051/apido:2004049. Fiche Taraxacum officinale, pages S72-S73. Document de référence de l’International Honey Commission d’Apimondia, recueil des fiches descriptives
  2. Directive 2001/110/CE du Conseil du 20 décembre 2001 relative au miel, Annexe I, point 1. EUR-Lex, CELEX 32001L0110.

Photographie d’illustration : « Western honey bee (Apis mellifera) on dandelion », par Flocci Nivis, via Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0.

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Miel de pissenlit : le monofloral, la cramaillotte et le pollen qui ne suffit pas

28 août 2026 · 13 min de lecture
Plus de glucose que de fructose, un rapport de 0,99, une cristallisation rapide en cristaux minuscules : ce que décrit vraiment la fiche de référence.

Les réponses sont rédigées automatiquement par un programme d’intelligence artificielle. Elles ne remplacent pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

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Une fiche de référence adossée à 114 échantillons Plus de glucose que de fructose, ce qui est rare Une cristallisation rapide, des cristaux minuscules, une sensation fraîche Une miellée précoce que les colonies ne peuvent pas toujours prendre Le paradoxe du pollen, rarement pur et pourtant reconnaissable Une odeur forte, et un descripteur qui déroute Diastase, acidité, couleur : le reste du bulletin d’analyse La cramaillotte n’est pas un miel, et ce n’est pas un reproche Détox, foie, drainage : ce que promet la plante, pas le miel Reconnaître un miel de pissenlit sans laboratoire Questions fréquentes Sources et références
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Cet article ne recommande aucun produit en particulier. Le lien ci-dessus mène au rayon, pas à une référence.

Le miel de pissenlit pose une question avant même d’être goûté : de quoi parle-t-on au juste ? Deux produits circulent sous ce nom, et ils n’ont presque rien en commun. Le premier est un miel monofloral, récolté par les abeilles sur le nectar de Taraxacum, décrit depuis 2004 par une fiche de référence européenne adossée à 114 échantillons. Le second est la cramaillotte, préparation ménagère de fleurs cuites avec du sucre, qui occupe une bonne part des recherches.

Cette page traite le premier en détail, chiffres à l’appui, et situe le second sans le juger. Elle signale aussi une confusion plus répandue encore : celle qui transporte sur un miel les vertus que l’on prête à la plante.

Une fiche de référence adossée à 114 échantillons

La description normalisée des miels monofloraux européens a paru dans Apidologie en 2004, signée Livia Persano Oddo et Roberto Piro, sous l’égide de l’International Honey Commission d’Apimondia. La notice consacrée à Taraxacum officinale repose sur 114 échantillons et 1 131 données, dont 1 002 données physico-chimiques et 129 données polliniques.

La plante y est présentée comme un groupe botanique polymorphe, largement répandu en Europe, principalement dans les pays du Centre. Le miel qui en découle tient en trois traits : une couleur jaune typique, une saveur assez forte, et une cristallisation rapide due à sa teneur élevée en glucose. La fiche ajoute qu’il est surtout vendu dans ses zones de production.

ParamètreMoyenneÉtendue
Couleur56,6 mm Pfund41,0 à 71,0
Conductivité électrique0,51 mS/cm0,37 à 0,65
pH4,54,0 à 4,9
Acidité libre10,9 meq/kg6,8 à 14,9
Acidité totale12,5 meq/kg7,4 à 17,1
Eau16,2 g/100 g14,4 à 18,3
Indice diastasique11,3 DN6,6 à 14,5
Invertase110,7 U/kg58,5 à 166,0
Proline348 mg/kg255 à 469
Fructose37,4 g/100 g33,8 à 41,0
Glucose38,0 g/100 g32,4 à 43,5
Rapport fructose sur glucose0,990,85 à 1,13
Pollen spécifique17,2 %5,0 à 40,5

La fiche résume ce portrait d’une phrase : valeurs basses d’acidité et de rapport fructose sur glucose, valeurs élevées de glucose, de fructose plus glucose et de rapport glucose sur eau. Pour qui a déjà pratiqué ce type de document, la manière de lire une notice de l’International Honey Commission et le rôle de la conductivité comme marqueur s’appliquent ici à l’identique, avec des valeurs très différentes.

Plus de glucose que de fructose, ce qui est rare

Voici la ligne qui commande tout le reste. Le fructose s’établit à 37,4 g pour 100 g, le glucose à 38,0. Le glucose passe devant. Le rapport fructose sur glucose vaut donc 0,99 en moyenne, avec un écart-type de 0,07 et une étendue de 0,85 à 1,13.

Un mot de ce passage reste flou ?

Cette valeur sous la barre de 1 place le produit parmi les très rares monofloraux européens dans ce cas. Presque tous les autres types décrits par la même publication contiennent davantage de fructose que de glucose, et le classement complet de ce rapport d’un miel à l’autre est déjà publié sur ce blog.

Le reste du bloc sucres suit la même logique. La somme du fructose et du glucose atteint 75,2 g pour 100 g, dans une étendue de 67,6 à 82,9. La teneur en eau reste basse, 16,2 g pour 100 g, et le rapport glucose sur eau grimpe à 2,33, entre 2,03 et 2,63. Le saccharose est quasiment absent, 0,4 g pour 100 g en moyenne. Pour situer ces ordres de grandeur, le détail de ce que contient un pot de miel, composant par composant, donne le cadre général dans lequel ces mesures prennent leur sens.

Une nuance s’impose sur l’étendue. Le maximum du rapport atteint 1,13, donc une partie des lots authentiques repasse au-dessus de 1. La moyenne décrit un type de produit, elle ne fixe pas un seuil d’admission.

Une cristallisation rapide, des cristaux minuscules, une sensation fraîche

La fiche qualifie la vitesse de cristallisation de rapide, et l’attribue directement à la teneur élevée en glucose. Elle précise que ce miel se trouve souvent sous forme cristallisée, avec de très petits cristaux, et que sa couleur paraît alors jaune pâle, comparable à celle d’une crème anglaise.

L’évaluation sensorielle relève une conséquence de cette texture, et c’est peut-être le détail le plus parlant de la notice. Cristallisé en très petits cristaux, ce miel est rafraîchissant, comme un fondant. La sensation ne vient pas d’un arôme mais de la granulométrie, des cristaux assez fins fondant vite en bouche.

Nous ne redéveloppons pas ici le mécanisme qui fait figer un miel et ce qui détermine la finesse des cristaux obtenus, traité par une page dédiée. Notons simplement qu’un pot solide n’a rien d’anormal sur ce produit, et que la teinte claire d’un pissenlit cristallisé peut évoquer, à tort, les miels très pâles dont la couleur obéit à de tout autres causes.

Une miellée précoce que les colonies ne peuvent pas toujours prendre

La fiche décrit Taraxacum comme l’une des premières sources de nectar de la saison. Elle ajoute immédiatement une réserve, et cette réserve explique la faible diffusion de ce miel : cette miellée n’est pas toujours exploitée, parce que les colonies ne sont fréquemment pas assez développées pour la récolter en vue d’une production de miel.

Retrouver ces miels parmi ceux que nous comparons ?

Une ruche sortant d’hiver compte peu de butineuses, et la population n’a pas encore la taille qui permet un excédent récoltable. La fleur donne, la colonie consomme, il ne reste rien à extraire.

De là découle la mention, discrète mais nette, selon laquelle ce miel est surtout vendu dans ses zones de production. Nous n’irons pas plus loin sur ce terrain, aucune source ouverte pour cette page ne chiffrant des volumes ni des rendements. Sur la mécanique d’une récolte de printemps, ce qui distingue le nectar d’une miellée et ce que les butineuses rapportent réellement éclaire ce point mieux que des estimations improvisées.

Le paradoxe du pollen, rarement pur et pourtant reconnaissable

Voici le passage le plus contre-intuitif de la fiche. Le nombre absolu de grains de pollen atteint 33 600 pour 10 g, avec un écart-type de 15 300. À ce niveau, le pollen de Taraxacum ne semble pas sous-représenté dans le sédiment, ce qui écarte l’explication habituelle des espèces discrètes au comptage.

Et pourtant, sa proportion dans le miel dépasse rarement la moitié du spectre. Le pollen spécifique s’établit à 17,2 % en moyenne, dans une fourchette de 5,0 à 40,5 %. Plus troublant encore, il est souvent inférieur à celui des espèces associées, comme Salix ou les Crucifères. Les auteurs en tirent une conclusion qu’ils formulent eux-mêmes : ce type de miel n’est presque jamais réellement pur.

La phrase suivante retourne pourtant la situation. Les profils sensoriels et physico-chimiques restent très caractéristiques, et le miel demeure facilement reconnaissable. Ce qui identifie ce produit n’est donc pas son spectre pollinique mais sa signature analytique et gustative, le glucose devant le fructose, le rapport glucose sur eau élevé, les cristaux minuscules, l’odeur puissante.

Ce cas de figure mérite d’être gardé en tête quand on compare une étiquette monoflorale à un miel toutes fleurs, dont l’origine botanique est par définition composite. La frontière ne passe pas là où le vocabulaire la place.

Une odeur forte, et un descripteur qui déroute

L’évaluation sensorielle normalisée décrit une intensité de couleur moyenne et un ton jaune vif. L’intensité d’odeur est forte, l’intensité d’arôme forte également, la persistance et l’arrière-goût longs. La douceur est moyenne, l’acidité moyenne, l’amertume absente à faible. Nous sommes loin d’un produit discret.

Reste le vocabulaire, et il demande une explication. La fiche décrit l’odeur par le terme spoiled, et l’arôme par woody and spoiled. Ces mots appartiennent au lexique sensoriel normalisé de l’International Honey Commission, celui qu’emploie un jury entraîné pour nommer une perception. Spoiled y désigne une note fermentée, sur un registre fermenté-animal. Ce n’est ni un jugement de qualité, ni la mention d’un produit abîmé, et traduire ce terme par « avarié » trahirait complètement la source.

Retenons plutôt cette formulation. Ce miel présente, dans un vocabulaire de laboratoire, une note fermentée associée à une note boisée, sur une odeur et un arôme de forte intensité. Un dégustateur non prévenu parlera d’un produit puissant, un peu rustique, qui dure en bouche. Les deux descriptions portent sur la même cuillère.

Diastase, acidité, couleur : le reste du bulletin d’analyse

L’indice diastasique moyen s’établit à 11,3 DN, dans une étendue de 6,6 à 14,5. L’invertase suit à 110,7 U/kg, de 58,5 à 166,0, et la proline atteint 348 mg/kg, entre 255 et 469. Le pH moyen vaut 4,5, l’acidité libre 10,9 meq/kg, l’acidité totale 12,5, les lactones 1,5. La couleur se situe à 56,6 mm sur l’échelle de Pfund, dans une plage large, de 41,0 à 71,0.

Un point réglementaire mérite d’être rapporté honnêtement, parce que la fiche le mentionne elle-même. Dans certains échantillons italiens, l’indice diastasique était sous la limite de 8 fixée par la Directive. L’information est brute et n’implique aucune fraude, le minimum du panel descendant d’ailleurs à 6,6. Elle signale qu’un lot conforme par son goût et par ses sucres peut se retrouver hors des clous sur un paramètre enzymatique. Ce point intéresse quiconque s’interroge sur la manière dont la chauffe et la conservation modifient les enzymes d’un miel, sujet traité ailleurs sur ce blog.

La cramaillotte n’est pas un miel, et ce n’est pas un reproche

La cramaillotte est une préparation ménagère obtenue en faisant cuire des fleurs de pissenlit avec du sucre. Beaucoup de gens la connaissent sous le nom de miel de pissenlit, et la confusion se comprend, puisque la texture, la couleur et l’usage évoquent un miel.

La réglementation, elle, tranche sur un critère unique. La Directive 2001/110/CE, à son Annexe I, point 1, définit le miel comme la substance sucrée naturelle produite par les abeilles de l’espèce Apis mellifera à partir du nectar, des sécrétions de plantes ou d’excrétions d’insectes sur les plantes, que les abeilles butinent, transforment, combinent avec leurs propres substances, déposent, déshydratent, entreposent et laissent mûrir dans les rayons de la ruche.

Aucune abeille n’intervient dans une cramaillotte. Le sucre y est apporté par le cuisinier, pas par la colonie. La préparation n’entre donc pas dans la définition légale du miel. Ce constat est réglementaire, et rien d’autre : il ne dit rien du goût de cette préparation, ni de l’intérêt qu’on peut lui trouver. Cette page n’est pas un site de recettes et n’en propose aucune.

La conséquence pratique est simple. Un pot vendu comme miel de pissenlit par un apiculteur doit répondre aux paramètres décrits plus haut. Un bocal de cramaillotte relève d’une autre catégorie.

Détox, foie, drainage : ce que promet la plante, pas le miel

Voici le glissement le plus fréquent, et il mérite d’être nommé. Le pissenlit, en tant que plante, traîne derrière lui une longue réputation de drainage, de soutien hépatique et d’action diurétique. Ces propriétés circulent abondamment, et elles concernent la racine et les feuilles.

Or aucune des sources lues pour cette page ne les porte sur le miel. La fiche de l’International Honey Commission décrit des paramètres physico-chimiques et un profil sensoriel, pas des effets physiologiques. La Directive définit un produit, pas un remède. Transporter les vertus d’une racine vers un miel issu du nectar de la même espèce est un raccourci, et ce raccourci n’est adossé à rien ici.

Nous préférons le signaler plutôt que le reprendre. Devant une page qui attribue une action détox ou hépatique à ce miel, demandez-vous quelle source elle cite. Le cadre général des allégations applicables au miel et ce que l’on peut réellement en dire est traité ailleurs, tout comme les précautions d’usage valables pour tous les miels, à commencer par le cas du nourrisson.

Reconnaître un miel de pissenlit sans laboratoire

Trois observations suffisent, et aucune ne demande d’équipement.

L’aspect d’abord. Une couleur jaune vif à l’état liquide, un jaune pâle et opaque après cristallisation, ce qui est son état le plus fréquent, avec des cristaux très fins plutôt qu’une granulation grossière.

Le goût ensuite. Une saveur assez forte, une odeur marquée, une persistance longue en bouche, une amertume à peine perceptible, et cette fraîcheur caractéristique quand la texture est bien cristallisée.

Le bulletin d’analyse enfin, quand le vendeur en fournit un. Les repères sont clairs : rapport fructose sur glucose autour de 0,99, glucose légèrement au-dessus du fructose, rapport glucose sur eau proche de 2,33, conductivité électrique voisine de 0,51 mS/cm, teneur en eau autour de 16,2 g pour 100 g. Sur le spectre pollinique, en revanche, n’attendez aucun verdict.

Questions fréquentes

Le miel de pissenlit cristallise-t-il vite ?

Oui. La fiche de référence de l’International Honey Commission qualifie sa vitesse de cristallisation de rapide et l’attribue à sa teneur élevée en glucose, mesurée à 38,0 g pour 100 g contre 37,4 g de fructose. Le produit se présente souvent sous forme cristallisée, avec de très petits cristaux, et sa couleur paraît alors jaune pâle. Aucune source consultée ici ne convertit cette rapidité en un délai exprimé en jours ou en semaines.

La cramaillotte est-elle un miel de pissenlit ?

Non, au sens réglementaire. La cramaillotte est une préparation ménagère de fleurs de pissenlit cuites avec du sucre. La Directive 2001/110/CE définit le miel comme la substance sucrée naturelle produite par les abeilles de l’espèce Apis mellifera à partir du nectar. Sans intervention de l’abeille, la préparation n’entre pas dans cette définition. Ce constat porte sur la catégorie du produit, pas sur sa qualité gustative.

Ce miel a-t-il des vertus détox pour le foie ?

Aucune source ouverte consultée pour cette page ne l’établit. Les propriétés de drainage, de soutien hépatique ou d’action diurétique sont attribuées à la plante Taraxacum, principalement à sa racine et à ses feuilles. Les rapporter au miel revient à transporter un effet d’un produit vers un autre, sans mesure à l’appui. La fiche de référence décrit des paramètres physico-chimiques et un profil sensoriel, pas des effets physiologiques.

Pourquoi la fiche décrit-elle une odeur fermentée ?

Parce que le lexique sensoriel de l’International Honey Commission emploie un vocabulaire normalisé, destiné à des jurys entraînés. Le descripteur retenu ici, spoiled, désigne une note fermentée, sur un registre fermenté-animal, associée à une note boisée pour l’arôme. Il s’agit d’un terme de laboratoire décrivant une perception, en aucun cas d’un jugement de qualité ni de la mention d’un produit abîmé.

Un miel de pissenlit est-il vraiment monofloral ?

Rarement au sens pollinique strict. La proportion de pollen de Taraxacum dépasse rarement la moitié du spectre et s’établit à 17,2 % en moyenne, dans une fourchette de 5,0 à 40,5 %. Elle est même souvent inférieure à celle d’espèces associées comme Salix ou les Crucifères. Les auteurs en concluent que ce type de miel n’est presque jamais réellement pur, tout en soulignant que ses profils sensoriels et physico-chimiques restent très caractéristiques et le rendent facilement reconnaissable.

Sources et références

  1. Persano Oddo L., Piro R., fiches descriptives des principaux miels monofloraux européens, Apidologie, 2004, 35 (Suppl. 1), S38-S81. DOI 10.1051/apido:2004049. Fiche Taraxacum officinale, pages S72-S73. Document de référence de l’International Honey Commission d’Apimondia, recueil des fiches descriptives
  2. Directive 2001/110/CE du Conseil du 20 décembre 2001 relative au miel, Annexe I, point 1. EUR-Lex, CELEX 32001L0110.

Photographie d’illustration : « Western honey bee (Apis mellifera) on dandelion », par Flocci Nivis, via Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0.

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