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Traitement du varroa : détecter le parasite, intervenir au bon moment, protéger le miel

27 août 2026 · 12 min de lecture
Traitement du varroa : comment détecter le parasite, à quel seuil intervenir, ce que dit la réglementation et pourquoi cela protège le miel.

Les réponses sont rédigées automatiquement par un programme d’intelligence artificielle. Elles ne remplacent pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

Le traitement du varroa ne concerne pas que les apiculteurs. C’est le geste de conduite qui décide, en amont, si le miel récolté portera ou non des résidus. Un acarien parasite les colonies d’abeilles domestiques françaises, il est classé danger sanitaire par la réglementation, et la façon de lutter contre lui est encadrée jusque dans le calendrier de la récolte. Cette page réunit ce qu’en disent l’ITSAP, GDS France, le Guide des bonnes pratiques apicoles et la recherche publiée : ce que fait le parasite, comment on le détecte, quand on intervient et ce qui sépare le pot du consommateur de toute contamination.

Ce que Varroa destructor fait à une colonie

Le parasite ne s’attaque pas à un stade en particulier. La fiche technique de GDS France consacrée à la varroose précise que la maladie touche tous les stades de développement de l’abeille, qu’il s’agisse de larves, de nymphes ou d’abeilles adultes. C’est une atteinte de la colonie entière, pas d’une classe d’âge.

L’ITSAP ajoute un point qui compte pour la détection : les varroas ciblent préférentiellement le couvain mâle, dont la durée d’operculation est plus longue. Ce couvain-là appartient au mâle de l’abeille domestique, que beaucoup confondent encore avec le bourdon des jardins, et sa présence sur les cadres au printemps devient de ce fait un poste d’observation privilégié pour l’apiculteur qui cherche à mesurer la pression parasitaire.

Hémolymphe ou corps gras : une connaissance qui a changé

La question de ce que le parasite prélève exactement a été tranchée récemment, et la documentation de terrain en porte encore la trace.

Un mot de ce passage reste flou ?

La fiche de GDS France, publiée en juin 2019, décrit une action spoliatrice avec perte de protéines, par ponction d’hémolymphe. C’était l’état admis des connaissances.

La même année, une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences par Samuel Ramsey et ses coauteurs a montré autre chose : le parasite consomme d’abord le corps gras, un tissu dont le rôle est comparable à celui du foie chez les mammifères, et non l’hémolymphe.

Le résultat a tenu. La revue de synthèse publiée en 2023 dans Frontiers in Bee Science par Nuria Morfin, Paul Goodwin et Ernesto Guzman-Novoa le reprend comme acquis : en marquant l’hémolymphe et le corps gras avec des colorants fluorescents distincts, les chercheurs ont constaté que l’intestin des acariens contenait la fluorescence du corps gras plutôt que celle de l’hémolymphe. Les mêmes auteurs rapportent que les acariens nourris de corps gras vivent plus longtemps et produisent davantage d’œufs.

La conséquence pratique reste identique pour l’apiculteur, mais elle éclaire la gravité de l’atteinte : l’organe touché est celui des réserves et du métabolisme, pas un simple liquide circulant.

Un parasite qui ouvre la porte aux virus

L’acarien ne se contente pas de ponctionner. GDS France lui attribue un rôle de vecteur et d’activateur de la réplication virale, et en tire une formule sans ambiguïté : l’expression clinique de la varroose est liée à la combinaison de l’action de Varroa et des souches virales associées.

Cela explique pourquoi une colonie peut basculer vite. Ce n’est pas le nombre d’acariens seul qui fait la maladie, mais ce qu’ils transportent et réveillent.

Comment le varroa passe d’une ruche à l’autre

Trois voies de transmission entre colonies sont identifiées par GDS France : la dérive des ouvrières qui portent des varroas phorétiques, c’est-à-dire accrochés sur l’abeille adulte, la visite de faux-bourdons, et les phénomènes de pillage.

Voir une colonie de près, lors d’un atelier ?

S’y ajoutent des facteurs favorisants, également listés par la fiche : les fortes concentrations de colonies sur un même secteur, l’introduction de colonies ou d’essaims parasités, et la présence de ruchers abandonnés ou non traités à proximité. Le deuxième point concerne quiconque récupère une grappe posée sur une branche, situation dont nous détaillons la marche à suivre dans notre page sur la bonne réaction quand un essaim s’installe chez vous : un essaim recueilli arrive avec un statut sanitaire inconnu, et rien ne garantit qu’il soit indemne.

Détecter avant de voir : les trois méthodes de suivi

Julien Vallon, pour l’ITSAP, décrit trois façons de mesurer l’infestation avant qu’elle ne devienne visible.

La première consiste à compter les chutes naturelles de varroas sur un lange glissé sous la ruche. L’institut insiste sur la durée : l’observation doit courir sur au moins deux semaines consécutives, afin de lisser les variations d’un jour à l’autre. Ce plateau appartient à l’équipement de base, au même titre que les pièces passées en revue dans notre guide sur le matériel à réunir avant d’installer sa première ruche, et il ne demande qu’un peu de régularité.

La deuxième méthode est le lavage d’un échantillon d’ouvrières au « shaker », dont le résultat s’exprime en VP/100 ab, soit le nombre de varroas phorétiques pour cent abeilles. C’est une mesure directe, chiffrée, comparable d’une visite à l’autre.

La troisième est la désoperculation du couvain mâle au printemps, qui exploite justement la préférence du parasite pour ce couvain.

Le seuil qui déclenche l’intervention

L’ITSAP donne un repère chiffré : au-delà de trois varroas phorétiques pour cent abeilles, l’institut observe un gain de poids réduit sur la miellée de lavande et un risque accru de mortalité hivernale. Le parasite coûte donc à la colonie avant de la tuer.

L’institut fixe aussi un objectif de conduite : environ cinquante varroas par colonie en début de saison, pour éviter que la population du parasite ne parte en croissance exponentielle. Une infestation faible ne se voit pas, GDS France rappelant que la colonie est alors généralement asymptomatique. L’apiculteur ne peut donc pas se fier à ce qu’il voit : seul le comptage lui indique le niveau d’infestation.

Le tempérament et la rusticité d’une lignée locale, sujet que nous traitons dans notre page consacrée à l’abeille noire et à ce qui la distingue des autres lignées, ne changent rien à cette exigence de mesure : aucune des sources citées ici ne prévoit d’exception au suivi selon l’origine des colonies.

Quand intervenir : une fenêtre hors production

Le calendrier n’est pas libre. L’ITSAP situe l’intervention hors période de production, entre la fin de la saison et la reprise de printemps, ce qui place la fenêtre de mi-juillet à septembre selon les régions.

Deux logiques se superposent. La première est sanitaire : il s’agit d’abaisser la population du parasite avant l’élevage des abeilles d’hiver. La seconde est celle du miel, et elle explique à elle seule pourquoi le traitement du varroa ne s’improvise pas en pleine miellée.

La présence de couvain conditionne aussi certaines interventions. Le Guide des bonnes pratiques apicoles rappelle que les conditions d’application dépendent d’une température suffisante et, pour certains traitements, de l’absence de couvain. Or ce couvain dépend du rythme de ponte, que nous décrivons dans notre article sur la façon dont une reine naît, s’accouple et se reconnaît sur un cadre, page qui détaille aussi son calendrier de développement et les signaux qui poussent une colonie à la remplacer.

Un danger sanitaire classé et réglementé

La varroose n’est pas une affaire privée. Au niveau européen, GDS France renvoie à la directive 92/65/CEE. En France, la fiche indique que Varroa destructor est classé parmi les dangers sanitaires de catégorie 2.

Le texte de référence est l’arrêté du 29 juillet 2013 relatif à la définition des dangers sanitaires de première et deuxième catégorie pour les espèces animales. Son annexe II inscrit noir sur blanc la varroose, l’agent Varroa destructor, l’espèce concernée, l’abeille domestique Apis mellifera, le territoire, la France, et l’autorité compétente, le préfet.

Seuls des médicaments disposant d’une AMM

La règle est posée sans nuance par la fiche S5 du Guide des bonnes pratiques apicoles de l’ITSAP : le médicament vétérinaire prescrit doit avoir une autorisation de mise sur le marché pour le traitement des colonies d’abeilles. La même fiche précise que, pour les autres maladies, il n’existe pas d’autre médicament disposant d’une AMM pour les colonies, et que l’usage d’antibiotiques n’est pas autorisé.

La délivrance passe par un pharmacien, un vétérinaire ou un organisme à vocation sanitaire dans le cadre d’un programme sanitaire d’élevage. L’ITSAP note que les médicaments disposant d’une AMM sont actuellement exonérés de la délivrance d’une ordonnance, ce qui n’enlève rien à l’encadrement. Le guide décrit par ailleurs le principe dit de la cascade : en l’absence de médicament disponible, ou si celui-ci est jugé inapproprié, le vétérinaire peut en prescrire un autre, avec déclaration de pharmacovigilance.

Une mise en garde revient dans la fiche, et elle vise les bricolages : utiliser des médicaments formulés pour les abeilles, et ne pas employer de produits dont la concentration et la pureté ne sont pas certaines. Les substances admises en apiculture biologique relèvent quant à elles d’un cahier des charges spécifique, que nous abordons dans notre dossier sur ce que recouvre exactement la mention biologique sur un pot de miel, et cette voie ne dispense d’aucune des obligations rappelées ici.

Ce qui protège le miel dans le pot

C’est le point qui relie directement le rucher au consommateur, et la fiche S5 le formule en trois consignes.

La première est chronologique : enlever les hausses avant le traitement, pour éviter tout résidu dans le miel. Les hausses sont les caisses supérieures où les abeilles stockent le miel destiné à la récolte, et non celui de la colonie ; nous décrivons cette séparation et le trajet complet du nectar dans notre article sur la façon dont les abeilles transforment le nectar en miel.

La deuxième porte sur l’extraction : ne pas extraire le miel des cadres de corps des colonies une fois qu’elles ont été traitées. Le miel du corps de ruche reste aux abeilles.

La troisième concerne la fin de l’opération : retirer les lanières de traitement acaricide à la fin du délai d’application prescrit. Un support laissé en place au-delà du délai n’est plus un traitement, c’est une source de contamination.

Ces trois gestes forment la barrière matérielle entre le traitement du varroa et le pot que vous ouvrez. La question des résidus se joue donc au rucher, des semaines avant la mise en pot, et nous consacrons une page distincte à ce qu’il faut réellement surveiller avec un miel, depuis les idées reçues sur son aspect jusqu’aux publics auxquels il ne convient pas.

Reconnaître la varroose et savoir à qui s’adresser

Quand les signes deviennent visibles, l’infestation est déjà lourde. GDS France en donne le tableau : abeilles aux ailes déformées, couvain en mosaïque, opercules troués, larves cannibalisées, nymphes molles ou atrophiées sur la planche d’envol, réduction importante de la population, puis mort de la colonie.

Le traitement du varroa relève alors d’une décision encadrée, et les textes désignent eux-mêmes les interlocuteurs : le vétérinaire, le pharmacien et l’organisme à vocation sanitaire départemental, qui délivrent et encadrent. L’adhésion à cet organisme, la formation en rucher-école et la déclaration de ruches font partie du socle que nous détaillons dans notre article sur les démarches et les compétences à réunir avant de conduire ses premières colonies.

Cette page est informative. Elle ne remplace ni l’avis d’un vétérinaire ni celui de l’organisme sanitaire de votre département, et seuls des médicaments disposant d’une autorisation de mise sur le marché pour les colonies d’abeilles peuvent être employés. Aucun protocole, aucune substance et aucune posologie ne sont recommandés ici.

Questions fréquentes

Comment détecter le varroa dans une ruche ?

L’ITSAP décrit trois méthodes. Le comptage des chutes de varroas sur un lange placé sous la ruche, à observer sur au moins deux semaines consécutives pour lisser les variations. Le lavage d’un échantillon d’ouvrières au « shaker », dont le résultat s’exprime en varroas phorétiques pour cent abeilles. Et la désoperculation du couvain mâle au printemps, le parasite ciblant préférentiellement ce couvain.

Quand faut-il traiter le varroa ?

Hors période de production. L’ITSAP situe l’intervention entre la fin de la saison et la reprise de printemps, soit de mi-juillet à septembre selon les régions. Le Guide des bonnes pratiques apicoles ajoute que les conditions d’application supposent une température suffisante et, pour certains traitements, l’absence de couvain.

Existe-t-il un traitement du varroa autorisé en apiculture biologique ?

L’apiculture biologique obéit à un cahier des charges spécifique quant aux substances admises. La règle générale reste la même dans tous les cas : seuls des médicaments disposant d’une autorisation de mise sur le marché pour les colonies d’abeilles peuvent être employés, et leur délivrance passe par un pharmacien, un vétérinaire ou un organisme à vocation sanitaire.

Le traitement laisse-t-il des résidus dans le miel ?

C’est précisément ce que la conduite du rucher vise à empêcher. Le Guide des bonnes pratiques apicoles demande d’enlever les hausses avant le traitement pour éviter tout résidu dans le miel, de ne pas extraire le miel des cadres de corps des colonies traitées, et de retirer les lanières acaricides à la fin du délai d’application prescrit.

Comment reconnaître la varroose sur une colonie ?

Une faible infestation ne se voit pas : GDS France indique que la colonie est alors généralement asymptomatique. En forte infestation, la fiche décrit des abeilles aux ailes déformées, un couvain en mosaïque, des opercules troués, des larves cannibalisées, des nymphes molles ou atrophiées sur la planche d’envol et une chute importante de la population.

Sources et références

  1. Vallon J. « Lutte contre Varroa : détecter au plus tôt pour intervenir efficacement », ITSAP-Institut de l’abeille, 13 février 2019. itsap.asso.fr
  2. GDS France. La Varroose, fiche technique n° 3, juin 2019. PDF GDS France
  3. Ramsey S. D. et coll. « Varroa destructor feeds primarily on honey bee fat body tissue and not hemolymph », Proceedings of the National Academy of Sciences, 2019 ; 116(5) : 1792-1801. DOI 10.1073/pnas.1818371116. pnas.org
  4. Morfin N., Goodwin P. H., Guzman-Novoa E. « Varroa destructor and its impacts on honey bee biology », Frontiers in Bee Science, 2023 ; 1:1272937. DOI 10.3389/frbee.2023.1272937. frontiersin.org
  5. ITSAP-Institut de l’abeille. Guide des bonnes pratiques apicoles, fiche S5, mise à jour 2018. PDF ITSAP
  6. Arrêté du 29 juillet 2013 relatif à la définition des dangers sanitaires de première et deuxième catégorie pour les espèces animales, JORFTEXT000027831750, annexe II. legifrance.gouv.fr
  7. Rosenkranz P., Aumeier P., Ziegelmann B. « Biology and control of Varroa destructor », Journal of Invertebrate Pathology, 2010 ; 103 suppl. 1 : S96-S119. Référence de fond. sciencedirect.com
  • Crédit photo : femelle adulte de Varroa destructor sur une nymphe d’abeille domestique, photographie de Gilles San Martin (Namur, Belgique), via Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 2.0.

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Traitement du varroa : détecter le parasite, intervenir au bon moment, protéger le miel

27 août 2026 · 12 min de lecture
Traitement du varroa : comment détecter le parasite, à quel seuil intervenir, ce que dit la réglementation et pourquoi cela protège le miel.

Les réponses sont rédigées automatiquement par un programme d’intelligence artificielle. Elles ne remplacent pas l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien.

Dans cet article
Ce que Varroa destructor fait à une colonie Hémolymphe ou corps gras : une connaissance qui a changé Un parasite qui ouvre la porte aux virus Comment le varroa passe d’une ruche à l’autre Détecter avant de voir : les trois méthodes de suivi Le seuil qui déclenche l’intervention Quand intervenir : une fenêtre hors production Un danger sanitaire classé et réglementé Seuls des médicaments disposant d’une AMM Ce qui protège le miel dans le pot Reconnaître la varroose et savoir à qui s’adresser Questions fréquentes Sources et références Articles similaires

Le traitement du varroa ne concerne pas que les apiculteurs. C’est le geste de conduite qui décide, en amont, si le miel récolté portera ou non des résidus. Un acarien parasite les colonies d’abeilles domestiques françaises, il est classé danger sanitaire par la réglementation, et la façon de lutter contre lui est encadrée jusque dans le calendrier de la récolte. Cette page réunit ce qu’en disent l’ITSAP, GDS France, le Guide des bonnes pratiques apicoles et la recherche publiée : ce que fait le parasite, comment on le détecte, quand on intervient et ce qui sépare le pot du consommateur de toute contamination.

Ce que Varroa destructor fait à une colonie

Le parasite ne s’attaque pas à un stade en particulier. La fiche technique de GDS France consacrée à la varroose précise que la maladie touche tous les stades de développement de l’abeille, qu’il s’agisse de larves, de nymphes ou d’abeilles adultes. C’est une atteinte de la colonie entière, pas d’une classe d’âge.

L’ITSAP ajoute un point qui compte pour la détection : les varroas ciblent préférentiellement le couvain mâle, dont la durée d’operculation est plus longue. Ce couvain-là appartient au mâle de l’abeille domestique, que beaucoup confondent encore avec le bourdon des jardins, et sa présence sur les cadres au printemps devient de ce fait un poste d’observation privilégié pour l’apiculteur qui cherche à mesurer la pression parasitaire.

Hémolymphe ou corps gras : une connaissance qui a changé

La question de ce que le parasite prélève exactement a été tranchée récemment, et la documentation de terrain en porte encore la trace.

Un mot de ce passage reste flou ?

La fiche de GDS France, publiée en juin 2019, décrit une action spoliatrice avec perte de protéines, par ponction d’hémolymphe. C’était l’état admis des connaissances.

La même année, une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences par Samuel Ramsey et ses coauteurs a montré autre chose : le parasite consomme d’abord le corps gras, un tissu dont le rôle est comparable à celui du foie chez les mammifères, et non l’hémolymphe.

Le résultat a tenu. La revue de synthèse publiée en 2023 dans Frontiers in Bee Science par Nuria Morfin, Paul Goodwin et Ernesto Guzman-Novoa le reprend comme acquis : en marquant l’hémolymphe et le corps gras avec des colorants fluorescents distincts, les chercheurs ont constaté que l’intestin des acariens contenait la fluorescence du corps gras plutôt que celle de l’hémolymphe. Les mêmes auteurs rapportent que les acariens nourris de corps gras vivent plus longtemps et produisent davantage d’œufs.

La conséquence pratique reste identique pour l’apiculteur, mais elle éclaire la gravité de l’atteinte : l’organe touché est celui des réserves et du métabolisme, pas un simple liquide circulant.

Un parasite qui ouvre la porte aux virus

L’acarien ne se contente pas de ponctionner. GDS France lui attribue un rôle de vecteur et d’activateur de la réplication virale, et en tire une formule sans ambiguïté : l’expression clinique de la varroose est liée à la combinaison de l’action de Varroa et des souches virales associées.

Cela explique pourquoi une colonie peut basculer vite. Ce n’est pas le nombre d’acariens seul qui fait la maladie, mais ce qu’ils transportent et réveillent.

Comment le varroa passe d’une ruche à l’autre

Trois voies de transmission entre colonies sont identifiées par GDS France : la dérive des ouvrières qui portent des varroas phorétiques, c’est-à-dire accrochés sur l’abeille adulte, la visite de faux-bourdons, et les phénomènes de pillage.

Voir une colonie de près, lors d’un atelier ?

S’y ajoutent des facteurs favorisants, également listés par la fiche : les fortes concentrations de colonies sur un même secteur, l’introduction de colonies ou d’essaims parasités, et la présence de ruchers abandonnés ou non traités à proximité. Le deuxième point concerne quiconque récupère une grappe posée sur une branche, situation dont nous détaillons la marche à suivre dans notre page sur la bonne réaction quand un essaim s’installe chez vous : un essaim recueilli arrive avec un statut sanitaire inconnu, et rien ne garantit qu’il soit indemne.

Détecter avant de voir : les trois méthodes de suivi

Julien Vallon, pour l’ITSAP, décrit trois façons de mesurer l’infestation avant qu’elle ne devienne visible.

La première consiste à compter les chutes naturelles de varroas sur un lange glissé sous la ruche. L’institut insiste sur la durée : l’observation doit courir sur au moins deux semaines consécutives, afin de lisser les variations d’un jour à l’autre. Ce plateau appartient à l’équipement de base, au même titre que les pièces passées en revue dans notre guide sur le matériel à réunir avant d’installer sa première ruche, et il ne demande qu’un peu de régularité.

La deuxième méthode est le lavage d’un échantillon d’ouvrières au « shaker », dont le résultat s’exprime en VP/100 ab, soit le nombre de varroas phorétiques pour cent abeilles. C’est une mesure directe, chiffrée, comparable d’une visite à l’autre.

La troisième est la désoperculation du couvain mâle au printemps, qui exploite justement la préférence du parasite pour ce couvain.

Le seuil qui déclenche l’intervention

L’ITSAP donne un repère chiffré : au-delà de trois varroas phorétiques pour cent abeilles, l’institut observe un gain de poids réduit sur la miellée de lavande et un risque accru de mortalité hivernale. Le parasite coûte donc à la colonie avant de la tuer.

L’institut fixe aussi un objectif de conduite : environ cinquante varroas par colonie en début de saison, pour éviter que la population du parasite ne parte en croissance exponentielle. Une infestation faible ne se voit pas, GDS France rappelant que la colonie est alors généralement asymptomatique. L’apiculteur ne peut donc pas se fier à ce qu’il voit : seul le comptage lui indique le niveau d’infestation.

Le tempérament et la rusticité d’une lignée locale, sujet que nous traitons dans notre page consacrée à l’abeille noire et à ce qui la distingue des autres lignées, ne changent rien à cette exigence de mesure : aucune des sources citées ici ne prévoit d’exception au suivi selon l’origine des colonies.

Quand intervenir : une fenêtre hors production

Le calendrier n’est pas libre. L’ITSAP situe l’intervention hors période de production, entre la fin de la saison et la reprise de printemps, ce qui place la fenêtre de mi-juillet à septembre selon les régions.

Deux logiques se superposent. La première est sanitaire : il s’agit d’abaisser la population du parasite avant l’élevage des abeilles d’hiver. La seconde est celle du miel, et elle explique à elle seule pourquoi le traitement du varroa ne s’improvise pas en pleine miellée.

La présence de couvain conditionne aussi certaines interventions. Le Guide des bonnes pratiques apicoles rappelle que les conditions d’application dépendent d’une température suffisante et, pour certains traitements, de l’absence de couvain. Or ce couvain dépend du rythme de ponte, que nous décrivons dans notre article sur la façon dont une reine naît, s’accouple et se reconnaît sur un cadre, page qui détaille aussi son calendrier de développement et les signaux qui poussent une colonie à la remplacer.

Un danger sanitaire classé et réglementé

La varroose n’est pas une affaire privée. Au niveau européen, GDS France renvoie à la directive 92/65/CEE. En France, la fiche indique que Varroa destructor est classé parmi les dangers sanitaires de catégorie 2.

Le texte de référence est l’arrêté du 29 juillet 2013 relatif à la définition des dangers sanitaires de première et deuxième catégorie pour les espèces animales. Son annexe II inscrit noir sur blanc la varroose, l’agent Varroa destructor, l’espèce concernée, l’abeille domestique Apis mellifera, le territoire, la France, et l’autorité compétente, le préfet.

Seuls des médicaments disposant d’une AMM

La règle est posée sans nuance par la fiche S5 du Guide des bonnes pratiques apicoles de l’ITSAP : le médicament vétérinaire prescrit doit avoir une autorisation de mise sur le marché pour le traitement des colonies d’abeilles. La même fiche précise que, pour les autres maladies, il n’existe pas d’autre médicament disposant d’une AMM pour les colonies, et que l’usage d’antibiotiques n’est pas autorisé.

La délivrance passe par un pharmacien, un vétérinaire ou un organisme à vocation sanitaire dans le cadre d’un programme sanitaire d’élevage. L’ITSAP note que les médicaments disposant d’une AMM sont actuellement exonérés de la délivrance d’une ordonnance, ce qui n’enlève rien à l’encadrement. Le guide décrit par ailleurs le principe dit de la cascade : en l’absence de médicament disponible, ou si celui-ci est jugé inapproprié, le vétérinaire peut en prescrire un autre, avec déclaration de pharmacovigilance.

Une mise en garde revient dans la fiche, et elle vise les bricolages : utiliser des médicaments formulés pour les abeilles, et ne pas employer de produits dont la concentration et la pureté ne sont pas certaines. Les substances admises en apiculture biologique relèvent quant à elles d’un cahier des charges spécifique, que nous abordons dans notre dossier sur ce que recouvre exactement la mention biologique sur un pot de miel, et cette voie ne dispense d’aucune des obligations rappelées ici.

Ce qui protège le miel dans le pot

C’est le point qui relie directement le rucher au consommateur, et la fiche S5 le formule en trois consignes.

La première est chronologique : enlever les hausses avant le traitement, pour éviter tout résidu dans le miel. Les hausses sont les caisses supérieures où les abeilles stockent le miel destiné à la récolte, et non celui de la colonie ; nous décrivons cette séparation et le trajet complet du nectar dans notre article sur la façon dont les abeilles transforment le nectar en miel.

La deuxième porte sur l’extraction : ne pas extraire le miel des cadres de corps des colonies une fois qu’elles ont été traitées. Le miel du corps de ruche reste aux abeilles.

La troisième concerne la fin de l’opération : retirer les lanières de traitement acaricide à la fin du délai d’application prescrit. Un support laissé en place au-delà du délai n’est plus un traitement, c’est une source de contamination.

Ces trois gestes forment la barrière matérielle entre le traitement du varroa et le pot que vous ouvrez. La question des résidus se joue donc au rucher, des semaines avant la mise en pot, et nous consacrons une page distincte à ce qu’il faut réellement surveiller avec un miel, depuis les idées reçues sur son aspect jusqu’aux publics auxquels il ne convient pas.

Reconnaître la varroose et savoir à qui s’adresser

Quand les signes deviennent visibles, l’infestation est déjà lourde. GDS France en donne le tableau : abeilles aux ailes déformées, couvain en mosaïque, opercules troués, larves cannibalisées, nymphes molles ou atrophiées sur la planche d’envol, réduction importante de la population, puis mort de la colonie.

Le traitement du varroa relève alors d’une décision encadrée, et les textes désignent eux-mêmes les interlocuteurs : le vétérinaire, le pharmacien et l’organisme à vocation sanitaire départemental, qui délivrent et encadrent. L’adhésion à cet organisme, la formation en rucher-école et la déclaration de ruches font partie du socle que nous détaillons dans notre article sur les démarches et les compétences à réunir avant de conduire ses premières colonies.

Cette page est informative. Elle ne remplace ni l’avis d’un vétérinaire ni celui de l’organisme sanitaire de votre département, et seuls des médicaments disposant d’une autorisation de mise sur le marché pour les colonies d’abeilles peuvent être employés. Aucun protocole, aucune substance et aucune posologie ne sont recommandés ici.

Questions fréquentes

Comment détecter le varroa dans une ruche ?

L’ITSAP décrit trois méthodes. Le comptage des chutes de varroas sur un lange placé sous la ruche, à observer sur au moins deux semaines consécutives pour lisser les variations. Le lavage d’un échantillon d’ouvrières au « shaker », dont le résultat s’exprime en varroas phorétiques pour cent abeilles. Et la désoperculation du couvain mâle au printemps, le parasite ciblant préférentiellement ce couvain.

Quand faut-il traiter le varroa ?

Hors période de production. L’ITSAP situe l’intervention entre la fin de la saison et la reprise de printemps, soit de mi-juillet à septembre selon les régions. Le Guide des bonnes pratiques apicoles ajoute que les conditions d’application supposent une température suffisante et, pour certains traitements, l’absence de couvain.

Existe-t-il un traitement du varroa autorisé en apiculture biologique ?

L’apiculture biologique obéit à un cahier des charges spécifique quant aux substances admises. La règle générale reste la même dans tous les cas : seuls des médicaments disposant d’une autorisation de mise sur le marché pour les colonies d’abeilles peuvent être employés, et leur délivrance passe par un pharmacien, un vétérinaire ou un organisme à vocation sanitaire.

Le traitement laisse-t-il des résidus dans le miel ?

C’est précisément ce que la conduite du rucher vise à empêcher. Le Guide des bonnes pratiques apicoles demande d’enlever les hausses avant le traitement pour éviter tout résidu dans le miel, de ne pas extraire le miel des cadres de corps des colonies traitées, et de retirer les lanières acaricides à la fin du délai d’application prescrit.

Comment reconnaître la varroose sur une colonie ?

Une faible infestation ne se voit pas : GDS France indique que la colonie est alors généralement asymptomatique. En forte infestation, la fiche décrit des abeilles aux ailes déformées, un couvain en mosaïque, des opercules troués, des larves cannibalisées, des nymphes molles ou atrophiées sur la planche d’envol et une chute importante de la population.

Sources et références

  1. Vallon J. « Lutte contre Varroa : détecter au plus tôt pour intervenir efficacement », ITSAP-Institut de l’abeille, 13 février 2019. itsap.asso.fr
  2. GDS France. La Varroose, fiche technique n° 3, juin 2019. PDF GDS France
  3. Ramsey S. D. et coll. « Varroa destructor feeds primarily on honey bee fat body tissue and not hemolymph », Proceedings of the National Academy of Sciences, 2019 ; 116(5) : 1792-1801. DOI 10.1073/pnas.1818371116. pnas.org
  4. Morfin N., Goodwin P. H., Guzman-Novoa E. « Varroa destructor and its impacts on honey bee biology », Frontiers in Bee Science, 2023 ; 1:1272937. DOI 10.3389/frbee.2023.1272937. frontiersin.org
  5. ITSAP-Institut de l’abeille. Guide des bonnes pratiques apicoles, fiche S5, mise à jour 2018. PDF ITSAP
  6. Arrêté du 29 juillet 2013 relatif à la définition des dangers sanitaires de première et deuxième catégorie pour les espèces animales, JORFTEXT000027831750, annexe II. legifrance.gouv.fr
  7. Rosenkranz P., Aumeier P., Ziegelmann B. « Biology and control of Varroa destructor », Journal of Invertebrate Pathology, 2010 ; 103 suppl. 1 : S96-S119. Référence de fond. sciencedirect.com
  • Crédit photo : femelle adulte de Varroa destructor sur une nymphe d’abeille domestique, photographie de Gilles San Martin (Namur, Belgique), via Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 2.0.

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